« Ca a marché ton activité ? »

Il y a des questions qui, en apparence, sont anodines.
Et qui pourtant touchent juste là où ça fait mal.

« Tu fais encore des soins énergétiques ? »
« Tu as bien fait de reprendre un salariat, vu que l’indépendance n’a pas marché. »

Ces phrases, je les entends encore.
Elles ne sont pas toujours malveillantes. Elles sont souvent le reflet d’un besoin de classer, de comprendre vite, de ranger les parcours dans des cases rassurantes.

Mais elles disent surtout quelque chose de plus large : notre difficulté collective à penser les trajectoires autrement qu’en termes de réussite ou d’échec.

Ce que ces questions racontent

Quand on me demande si je fais « encore » des soins énergétiques, ce n’est pas seulement une question sur une pratique.
C’est souvent une tentative de figer une personne dans une identité passée.

Comme si évoluer devait forcément s’expliquer.
Comme si changer de forme était suspect.

Pendant longtemps, j’ai utilisé certains outils, certaines pratiques. Elles m’ont appris à écouter, à percevoir finement ce qui se joue, à être attentive à ce qui ne se dit pas.

Aujourd’hui, le cœur de mon travail a déplacé son centre de gravité.
Je ne fais plus « sur » les personnes.
Je soutiens leur capacité à penser, à clarifier et à décider par elles-mêmes.

Ce n’est pas une rupture.
C’est une transformation.

L’indépendance n’est pas un test à réussir

Quand on me dit que reprendre un salariat serait la preuve que l’indépendance « n’a pas marché », quelque chose se crispe.

Parce que cette phrase repose sur une idée profondément ancrée :
qu’un parcours devrait être linéaire.

Entreprendre serait un saut héroïque.
Revenir vers un cadre salarié serait un recul.

Cette lecture est violente.
Elle nie la réalité matérielle.
Elle invisibilise la fatigue, la charge mentale, les responsabilités.
Elle transforme des choix d’équilibre en verdicts d’échec.

Pourtant, ajuster sa trajectoire n’est pas renoncer.
C’est faire avec le réel.

Ce que j’ai appris en chemin

Mes expériences m’ont appris une chose essentielle :
penser et décider ne se fait jamais hors sol.

Nos choix sont traversés par :

  • nos histoires personnelles,
  • nos émotions,
  • nos contraintes matérielles,
  • mais aussi par des normes sociales et politiques souvent invisibles.

Faire comme si tout était une question de volonté individuelle est une fiction.
Une fiction confortable pour les systèmes.
Beaucoup moins pour les individus.

Changer de forme n’est pas échouer

Reprendre un salariat n’efface pas ce que j’ai construit.
Entreprendre n’a pas été une parenthèse ratée.

Cela a été un temps d’apprentissage, de lucidité, d’affinage.

Aujourd’hui, je compose autrement.
Avec plus de justesse.
Plus de soutenabilité.

Et si je continue d’accompagner, c’est précisément pour cela :
parce que je sais combien il est difficile de penser librement quand les injonctions hurlent.

Pourquoi j’écris cela ici

Parce que ces questions ne me concernent pas seulement.
Elles traversent beaucoup de parcours, souvent en silence.

Écrire, pour moi, c’est reprendre la main sur le récit.
Refuser les lectures simplistes.
Rendre visibles les zones grises.

Et rappeler ceci :
changer de forme n’est pas échouer.
C’est rester fidèle à ce qui est vivant.